TICKET CLIVANT À CONVERSER

Numéro 1. Janvier 2025


Éditions du respirateur
https://respirateur.com/bisphenola/1
 
 
Vous voulez le ticket ?
 

    Vous voulez le ticket ? De moins en moins. Parasite de nos vies quotidiennes, ce bout de papier est aujourd’hui aussi méprisable qu’il est de constitution fragile. Les tickets de caisse se multiplient à mesure que l’on consomme, s’entassent inutilement dans nos poches trouées. Dans nos mémoires connectées et défaillantes, il est parfois un souvenir brumeux et, à bien y penser, le dernier vestige d'un monde hors-ligne. Il est aussi peut-être la seule chose que l’on reçoit gratuitement lorsqu’on cherche à se nourrir ou qu’on rencontre, fortuitement, un objet désirable. Cadeau empoisonné, le ticket de caisse est le témoin d’un rien dans une société en forme de base de données. Un écran à usage unique, le produit final d’une chaîne mondiale industrielle et automatique de modélisation des modes d’expérience. Papier, imprimante, ordinateur, logiciels, réseaux, tous s’accordent pour faire apparaître ce fragment blanc aux inscriptions multiples. Les noms y rencontrent les chiffres comme les marques rencontrent les consommateurs. Espace hybride, le ticket est un lieu de frictions entre la base de données et la poche du pardessus. Dans cette incursion de l’immatériel dans le matériel, on se surprend à faire partie du réseau, à devenir machine, éprouver la beauté des récapitulatifs et admirer la folie d’un code-barres. Lire un ticket de caisse ça déplace, et y scanner un QR code, c’est se laisser porter par la barque de Charon. N’oubliez pas de régler votre obole !

 
Olivain Porry
 
 
Des cendres nous feront la poudre de nos canons
 

Dans la termitière (dans les galeries)
l’individu mou est le soldat
l’aptère l’ouvrier
qui participe à la grande entreprise
sans question – et sans retour.
Dans le creux (le bureau des crédits)
l’halogène secoue la larve
elle ronge le béton - prépare l’effondrement.
De la mastication nous percevons
subtile, une polyphonie
qui annonce la révolte.
Soumis·e·x·s au contrôle
menacé·e·x·s de la pointe de métal blanc
nous vendons aux vendu·e·x·s la chair sacrifiée
qui prendra les armes à son tour.
La lame, dans la main qui reçoit
fera de la ferraille une montagne d’or
Des fonds de poche nous forgerons les faucilles
qui materont les mauvaises herbes au goût acide
sous les pieds de vilaines faucheuses.

Et, lorsque la mort pointera à notre place
nous l’accueillerons par un sourire un bonjour
nous enfoncerons notre haine dans son estomac
en scandant le slogan du capital :

Rassasie-toi donc de ce métal dont tu es si avide !
Nous coulerons les liquides ardents sur la tête des affreux marrants
Nous brûlerons les monnaies dont le papier alimentera les braises du feu cathartique
Des cendres nous ferons la poudre de nos canons
dont s’échapperont les voix d’un champ nouveau
d’où nous cultiveront les odeurs d’huile et de charbon
qui engraissent seulement les poumons

 
Sofia Lautrec
 
 
RENDS L’ARGENT
 

A mon job alimentaire j’ai accès à un téléphone fixe dont personne ne connait le numéro. J’en profite régulièrement pour faire des blagues téléphoniques.

J’ai appris qu’un ami avait reçu de l’argent de la part de l’ADAGP (quelle audace). Je l’appelle alors :

« Bonjour monsieur. Je me présente, je m’appelle Christine et travaille pour l’ADAGP. Je vous contacte car nous avons un soucis avec votre compte et nous vous avons versé de l’argent en trop.

- (Il tombe tout de suite dans le panneau) : Ah mince ! Oh non !

- Je vous laisse vérifier sur votre compte le montant reçu.

- (Il cherche dans ses comptes en râlant) Oui j’ai bien reçu cette somme.

- Oui c’est bien ça, nous allons vous en reprendre une partie.

- Oh mais je ne comprends pas c’est ce que je devais recevoir…

- Nous sommes désolés pour cette erreur. Vous savez monsieur, l’ADAPG est malheureusement une institution fragile… Si quelqu’un reçoit trop d’argent, une autre personne n’en reçoit pas assez… Et là en l’occurence, c’est moi monsieur qui n’ai pas reçu mon argent ! Et je veux partir en vacances, je veux mon argent, je veux me faire kiffer je suis fatigué monsieur ! Rendez nous l’argent !!

J’éclate de rire et me démasque.

Je m’excuse à mon ami.

 
Lena Aboukrat
 
 
 
 
Arnaud Lemerle
 
 
 
 
Bisphenol-a est une revue mensuelle qui s’attache à décrire les zones troubles entre mots et mondes. C’est une polyphonie.
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